Japon I: Tokyo, Hiroshima, Miyajima. Villes, île, daims et torii.

12 08 2010

Enfin, après presque 6 semaines en Indonésie je retrouve une connection digne de ce nom en escale à Hong Kong et je peux mettre en ligne le premier post sur le Japon. Irashaimase!

Au Japon on ne dit pas ‘Le client est roi’ mais ‘Le client est Dieu’. Et beaucoup de choses s’articulent autour de cette conception du service. Lorsque notre copain Vincent oublie son portable dans un taxi tokyoïte,

le chauffeur rapidement joint au téléphone par sa compagnie de taxis insiste pour rapporter lui-même le téléphone à Vincent. Sans doute pour s’excuser de ne pas avoir signalé à Vincent qu’il oubliait son portable dans le taxi. Et comme le chauffeur arrive au rendez-vous avec un quart d’heure de retard, il apporte un petit cadeau pour se faire pardonner…

Pour le Japon, l’objectif était clair:  profiter du mois que nous avions prévu d’y passer pour faire craquer le vernis, briser la coque et passer sous l’épiderme d’un pays merveilleusement visuel. C’est un territoire très exotique où l’on peut se laisser charmer par les impressions oculaires (mode, architecture, modernisme, tradition, lumières, nourriture, comportements…) et se laisser vraiment dépayser, sans trop comprendre.

Mais ça je ne l’avais que déjà trop fait, au cours de dizaines de brefs séjours au Japon pour le boulot, souvent avec Ben, parfois Fabrice, et Cyrille, le local de l’étape à l’époque. Principalement dans les bars et les boîtes des étages de Roppongi, certes mais avec suffisamment de plaisir pour vouloir tenter de passer dans l’envers du décor enchanteur. Mission impossible sans doute mais comme disait l’autre, ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas mais parce qu’on n’ose pas qu’elles sont difficiles. On verra à la fin du voyage si l’objectif fut atteint.

C’est dire que du chemin avait été fait depuis mon atterrissage en Asie en 1987. A l’époque, le Japon ne m’attirait pas du tout mais alors pas du tout. Un mélange d’impressions fausses, d’incommunicabilité sur place, de manque d’attraits perçus et surtout une bonne dose d’ignorance crasse de ma part. Il suffit d’un seul voyage de quelques jours pour faire un sort à une conception des fourmis à la Edith Cresson et pour que la différence devienne fascinante et cette sophistication envoûtante.

Envoûtante? Mouais, fallait être là sans doute

Lorsqu’on arrive de Chine, le contraste est frappant. D’un coté le chaos, le mouvement perpétuel et un coté rustre et ‘brut de fonderie’ permanent ; de l’autre, l’ordre, le calme et des rapports humains très élaborés. Les deux ont une longue et grande histoire mais du Japon, il doit être impossible de ne pas considérer l’Empire du Milieu comme peuplé de barbares mal dégrossis. Et pourtant la Chine s’est éveillée, elle a le vent d’une croissance frénétique en poupe et elle tirera dans les dizaines d’années à venir les fruits économiques et politiques de sa démographie, de son aptitude à ‘se faire mal/manger amer’ et de son régime dirigiste pourtant peu en phase avec nos idéaux démocratiques.*

Alors que dans le même temps le Japon fait au mieux du sur-place, a perdu son statut de modèle et hésite encore à sortir de la crise qui a commencé pour lui il y a vingt ans. Bien sûr on pense souvent à « modernité et tradition »

en visitant le Japon mais il y a peut-être plus d’exemples d’ultramoderne en Chine maintenant qu’au Japon. Et on voit bien que certains quartiers de Tokyo qui paraissaient très modernes dans les années 70-80 ont mal vieillis ou en tous cas pas beaucoup bougé.

Contre-exemple à Shinjuku

Le Japon est un extraordinaire souvenir du voyage même si parfois, comme en Chine, la difficulté de comprendre et de se faire comprendre cesse d’être exotique et drôle pour devenir temporairement lassante. Pourtant, que de fous rires à interviewer des autochtones toujours sympathiques pour se faire indiquer le chemin. Le GPS est une merveilleuse invention mais lorsque les noms sont écrits en japonais, son utilité se résumait pour nous à indiquer les routes. Le métro de Tokyo cela dit est assez facile à naviguer

Au Japon on est précis

et reste le moyen le plus adapté pour se déplacer sous peine de dépenser plus d’argent en taxis qu’en hôtel.

Tokyo est faite de différents lieux, de différentes ambiances, parfois de véritables villages juxtaposés pour constituer un puzzle de plusieurs milliers de pièces qu’il faut du temps ne serait-ce que pour appréhender.

Peu de choses à voir entre les ruelles pavées pleines de charme de Kagurazaka , l’efficacité et le modernisme de Marunouchi,

Forum

le mini-quartier de Golden Gai au Kabuki-cho et ses bistrots à Yakuza

où on ne rentre pas et ceux où on rentre et où on se paye une bonne tranche de rire avec les moustaches offertes par la tenancière,

Comment dit-on inspecteur Clouseau en sushi-land?

le carrefour incroyable de Shibuya, avec ses flux et flots d’humanité, auquel ma photo ne rend pas du tout mais alors pas du tout justice.

Shibuya

Les ‘cosplay’, surtout des filles, qui lâchent la vapeur de l’oppression des conventions sociales en se déguisant en personnage d »anime », à Harajuku ou Akihabara.

cosplay-kids-harajuku

Et partout, les ‘noren’ (sorte de rideaux signalant que les restaurants sont ouverts), les lanternes,

 les distributeurs automatiques immaculés, les très nombreux Konbini -convenience stores -à certains carrefours il y en a quatre, un à chaque coin- les innombrables enseignes et écrans lumineux créent cette atmosphère si particulière. Le nombre de restaurants est lui aussi proprement hallucinant (il semble y en avoir encore plus que de pharmacies ou de cafés en France) Partout, un effort particulier est fait sur le design, la mise en scène des objets qui se voient ainsi glorifiés. Jusqu’à la tradition des emballages multiples qui prennent beaucoup plus longtemps à faire que l’achat de l’objet lui-même et qui paraît un anachronisme un peu déplacé à notre époque recyclante.

Caroline rêvait de voir le marché aux poissons de Tsukiji, le plus important marché aux poissons du monde  et notamment les enchères sur chaque thon monumental qui ont lieu au petit matin. Devant l’affluence ils ont maintenant limité les visiteurs à cent quarante visiteurs par jour, premiers arrivés premiers comptés. Ce qui fait que le réveil à 3h 30 du matin comporte maintenant un risque d’être non seulement brutal mais en plus inutile. Comme en plus je l’avais déjà vu, j’ai paresseusement veillé sur le sommeil des filles pendant que Caroline tentait sa chance avec succès.

L'heure des braves à Tsukiji

C’est pour nourrir l’appétit vorace des japonais entre autres pour le bluefin ie thon rouge (le Japon consomme 1/3 de la production mondiale de thon et 90% du thon rouge d’après la FAO!) que celui-ci est sur-pêché en Méditerranée. Si on laisse faire, l’espèce aura disparu avant même que la demande chinoise croissante ne vienne augmenter davantage la pression sur les stocks. En plus, quel bel animal. Après en avoir croisé plusieurs sous l’eau au cours du voyage, il est difficile de penser que notre laisser-faire puisse conduire à son éradication. Fin de la tirade. En tous cas les thons de plusieurs centaines de kilos vendus à Tsukiji sont spectaculaires.

et le mécanisme de vente aux enchères aussi. Chaque thon est vendu individuellement. A l’unité. Les entailles dans la queue sont faites pour que les acheteurs potentiels puissent évaluer la qualité du poisson congelé. Et la bouilloire est là pour que les entailles puissent être faites dans le Findus.

2 entailles sur les thons importés, souvent par avion

Et après ça va très vite, quelques éructations, des signes cabalistiques des acheteurs pour enchérir et la vente est faite.

Des visites vraiment tiptop, au musée Ghibli bourré de charme (de Hayao Miyazaki, roi de l‘anime, créateur du voyage de Chihiro, mon voisin Totoro, Porco Rosso et Princesse Mononoké entre autres), malheureusement photos dans le musée interdites,

de musées magnifiques mettant en scène l’époque Edo et où on s’y croirait.

à Ueno,  Akihabara, Harajuku, Yoyogi park et son fameux sanctuaire Meiji,

Roppongi et  les nouveaux  quartiers de Tokyo Midtown et Roppongi Hills

La 'Maman' de Louise Bourgeois est à Roppongi Hills

avec la superbe Mori Tower

et le non moins remarquable Mori Art Museum , une journée à Odaiba sur la mer où on se rend en monorail et son génial musée de la science, des expos dans tous les sens etc etc.  Comme en plus Vincent et Kathy nous ont accueilli à bras ouverts (merci encore à leurs enfants pour ces baby-sittings ludo-interactifs faits avec tant de gentillesse),

on s’est vraiment régalés à tous les sens du mot à Tokyo. Sans faire trop de temples bouddhistes ni sanctuaires shinto (Kyoto et Nara arrivent)

ni profiter des expressions outrées des acteurs de Kabuki (théâtre fermé pour rénovations) ni du sumo (le grand tournoi de Mai venait de se terminer) Donc il faudra revenir.

Après quelques atermoiements et avoir finalement dû renoncer avec regret à Yakushima et ses forêts ayant inspiré ‘Princesse Mononoke’, nous partons en shinkansen (TGV local) pour Hiroshima, l’île de Miyajima et la mer intérieure du Japon.

<iframe width= »425″ height= »350″ frameborder= »0″ scrolling= »no » marginheight= »0″ marginwidth= »0″ src= »http://maps.google.com/maps?f=q&amp;source=s_q&amp;hl=fr&amp;geocode=&amp;q=miyajima&amp;sll=34.492975,133.269653&amp;sspn=1.294834,3.532104&amp;ie=UTF8&amp;hq=&amp;hnear=Itsukushima&amp;ll=34.275556,132.307778&amp;spn=1.298203,3.532104&amp;z=8&amp;output=embed »></iframe><br /><small><a href= »http://maps.google.com/maps?f=q&amp;source=embed&amp;hl=fr&amp;geocode=&amp;q=miyajima&amp;sll=34.492975,133.269653&amp;sspn=1.294834,3.532104&amp;ie=UTF8&amp;hq=&amp;hnear=Itsukushima&amp;ll=34.275556,132.307778&amp;spn=1.298203,3.532104&amp;z=8 » style= »color:#0000FF;text-align:left »>Agrandir le plan</a></small>

J’accélère un peu parce qu’on n’a pas que ça à faire mais si Hiroshima évoque la destruction

à laquelle le musée du souvenir rend hommage (de manière assez équilibrée, sans toutefois préciser que si les japonais n’avaient pas attaqué Pearl Harbor, Enola Gay n’aurait jamais largué sa bombe. Et Orchestral Manœuvre in the Dark non plus), la ville a très bien rebondi, est très dynamique et séduisante par ce jour ensoleillé de fin-Mai.

Un coup de tram, puis de train et de ferry et nous voici sur l’île de Miyajima avec ses daims, ses vues sur la mer intérieure et surtout son torii (portail shinto) magique, peut-être l’image la plus emblématique et la plus vue du Japon.

Notre premier aperçu, à notre arrivée à marée basse, n’est pas merveilleux

mais les horaires de marée nous révèlent qu’il sera beaucoup plus beau demain. En attendant, on profite d’une marche dans la forêt tout seuls au départ de notre ryokan (auberge traditionnelle)

perdu dans la forêt

pour rencontrer nos premiers daims, biches et faons.

Dolittle

En revanche le kaiseki

(dîner traditionnel aux ingrédients souvent marins, colorés, indéfinis et au goût acquis.) nous séduit assez peu,

J'rigole mais ça a quand même l'air bizarre

surtout la majorité féminine du groupe.

Après un bain traditionnel (on se lave sur un tabouret en-dehors de la baignoire et on ne rentre dans l’eau chaude, toute la famille ensemble, qu’une fois parfaitement récuré.), on passe une nuit sans histoire sur tatami et futon.

Le lendemain matin, ballade sur les sommets de l’île, à pied et via un télécabine

Où l’on voit des daims encore, il faut dire, y en a partout,

des temples plutôt sympas,

 

un sous-marin dans la mer.

Octobre rouge et Juin bleu

et des vues apaisantes sur la mer intérieure.


Puis le clou de l’île, le temple sur l’eau et son merveilleux torii.

A vrai dire on l’a tellement vu en photo qu’on ne sait plus très bien si on le trouve beau parce qu’il l’est –il l’est- que tous les toriis sont beaux –ils les sont, des merveilles d’équilibre et d’élan- ou bien parce qu’on l’a tellement vu… En tous cas, vous l’avez deviné, on l’a trouvé très beau.

Et dans la foulée, la plus grande cuiller à riz du monde,

quelques huîtres un peu laiteuses, un coup de ferry-train, un jeu de pistes pour trouver l’agence de location et on prend la route en voiture pour continuer l’exploration de la mer intérieure et aller vers l’une des étapes les plus attendues du voyage, Benesse House.


* Au passage, si les droits de l’homme, l’environnement et la démocratie sont les grands perdants en Chine actuellement, il n’est pas dit que l’ensemble de la population ne soit pas gagnante dans ce contexte délicat à gérer de pouvoir d’achat mais aussi d’inégalités croissants, de migrations importantes, en un mot, de passage brutal du moyen-âge au XXI eme siècle sans passer par la case Philosophie des Lumières. [J’aurais dû écrire ça dans le post sur la Chine mais bon, vieux motard.]

Publicités

Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :